Traduction

Pourquoi le bilinguisme ne suffit pas pour être traducteur

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English: This is a map of Canada showing bilingualism by federal electoral riding based on the 2003 representation order (Photo credit: Wikipedia)

[EN]

Bien des gens croient que la traduction est un exercice facile et que n’importe quel individu bilingue peut le faire correctement. Et bien, permettez-moi d’exprimer mon désaccord. La traduction nécessite bien plus que la capacité de parler et d’écrire en deux langues. Outre le bilinguisme, de quoi peut bien avoir besoin un traducteur? En plus du bilinguisme, le traducteur a besoin de :

  • connaître la culture : Une bonne connaissance de la culture vous permet de connaître, par exemple, que l’adjectif « national » en français renvoie la plupart du temps à la province et non au pays, et que «Victoria Day » au Canada est en fait la Fête des Patriotes au Québec. La connaissance de la culture requiert d’être au fait de l’actualité, de connaître l’histoire et les coutumes des gens pour lesquels vous traduisez. Imaginez combien d’erreurs pourraient se glisser dans les traductions sans ce précieux savoir.
  • maîtriser la langue : La maîtrise est un concept qui ne requiert pas d’explications, et la maîtrise langagière, non plus. Maîtriser une langue ne se limite à savoir comment former le pluriel des noms et à savoir que les verbes s’accordent avec leurs sujets. La maîtrise requiert de connaître les règles grammaticales qui ne se sont pas frayer un chemin dans vos cours au secondaire ou au cégep. Par exemple, en francais, ce ne sont pas tous les adjectifs qui s’accordent en nombre avec le nom qu’ils qualifient et certains noms changent de genre dépendamment de la position de certains adjectifs.  Elle requiert la connaissance des milles et une exceptions des règles grammaticales et la capacité de repérer les erreurs, la redondance, l’ambiguité, les changements de personnes et de nombres, les anglicismes, pour n’en nommer que quelques-uns.
  • être un expert du domaine donné : Vous conviendrez qu’il serait ridicule de demander à un chirurgien cardiaque de traduire la thèse d’un architecte, n’est-ce pas? Notre pauvre chirurgien en perdrait son latin. Le domaine d’expertise est important. Une connaissance approfondie du sujet ou du domaine traité dans le texte permet de garantir la justesse de la traduction. Imaginez notre chirurgien qui doit traduire le mot « groin ». Pour lui, bien entendu, il s’agit d’une aine, alors que pour notre architecte, il s’agit d’une arête. En raison de son manque de connaissance de l’architecture, notre chirurgien ne parvient pas à transmettre le message que notre architecte a voulu transmettre. Comme vous le voyez, chaque domaine possède une terminologie qui lui est propre et des pratiques rédactionnelles adaptées; un novice peinerait à apprendre les pratiques rédactionnelles et la terminologie dans un court lapse de temps pour produire une traduction acceptable. La connaissance s’acquiert avec le temps, grâce à la lecture réalisée dans les deux langues sur un sujet donné, le tout alimenté par une curiosité innée et une soif de connaissances que l’on passe sa vie à vouloir assouvir.
  • d’excellentes compétences en analyse textuelle : Nous nous souvenons tous des analyses de textes que l’on nous forçait à réaliser à l’école primaire, n’est-ce pas? Ces exercices  ne couvrent pas un dixième de l’analyse textuelle nécessaire à la réalisation d’une traduction juste. La traduction exige plus que la découverte des mots clés et des idées principales; elle requiert du traducteur qu’il identifie le métalangage de l’auteur (le niveau de langue, les figures de style, le public cible.  Elle exige une compréhension intégrale du texte de départ et une interprétation juste du texte.
  • des compétences en rédaction : Finalement, la traduction requiert non seulement des compétences en rédaction digne de Molière, elle exige également une grande souplesse des styles d’écriture. Un traducteur doit pouvoir « utiliser la voix de l’auteur » dans le texte d’arrivée, et non son propre style. L’auteur utilise-t-il le sarcasme? Quels sentiments ou impressions tente-t-il de créer dans l’esprit du lecteur? Voilà ce que le traducteur doit transmettre aux lecteurs du texte d’arrivée. Il faut savoir s’exprimer, être à l’affût des connotations, des sous-entendus et des double-sens afin de pouvoir les repérer et les transmettre s’ils ont leur place sans pour autant en créer s’ils sont injustifiés.

Il faut investir des efforts et du temps pour affiner ses compétences et être traducteur. Le bilinguisme est-il suffisant? Pas tout à fait.

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